LA BIOPSIE
Une biopsie (prélèvement de tissu malade) est indispensable pour faire l'examen
au microscope (examen histologique) du tissu malade afin d'établir le
diagnostic de lymphome. Pour être précis ce diagnostic doit comporter une étude
des caractéristiques immunologiques (examen immuno-histochimique, permet de
distinguer les lymphomes B et les lymphomes T) et des caractéristiques
génétiques (caryotype et biologie moléculaire) des cellules tumorales.
La biopsie nécessite une intervention chirurgicale pour permettre le
prélèvement de la tumeur. C'est une intervention habituellement bénigne,
volontiers faite sous anesthésie locale si la tumeur atteint un ganglion
superficiel (cou, aisselles, aines) mais qui peut être une intervention plus
lourde s'il existe une nécessité de prélever un ganglion dans le thorax ou
l'abdomen. Dans certains cas, la biopsie peut être faite avec une aiguille
spéciale lors d'un examen au scanner.
LA CLASSIFICATON DES LYMPHOMES
Les lymphomes font partie du cadre général des « hémopathies lymphoïdes »,
c'est à dire des maladies malignes du système immunitaire. Voici la
classification proposée par l'OMS : http://www.who.int
HEMOPATHIES LYMPHOIDES B
Hémopathies lymphoïdes à précurseurs B
Leucémie/lymphome lymphoblastique B
Il s'agit le plus souvent de leucémies que de lymphomes. Cette catégorie
comprend la plupart des leucémies aigues de l'enfant.
Hémopathies lymphoïdes B matures
Leucémie lymphoïde chronique/lymphome lymphocytique
La leucémie lymphoïde chronique est la plus fréquente des hémopathies
lymphoïdes de l'adulte. Certaines formes ne comportent pas de cellules
lymphoïdes anormales circulantes, on ne parle alors plus de leucémie mais de
lymphome lymphocytique. C'est une maladie des plus de 50 ans qui représente 6 %
de l'ensemble des lymphomes. Elle est d'évolution habituellement lente.
Lymphome lymphoplasmocytique
Cette maladie touche habituellement la moelle osseuse, la rate et parfois les
ganglions. Typiquement, elle s'accompagne de la présence dans le sang d'une
immunoglobuline M en quantité anormale et on parle alors de « Maladie de
Waldenström », du nom du médecin suédois qui l'a décrit en premier. C'est une
maladie d'évolution lente qui ne nécessite souvent pas de traitement pendant
plusieurs années. Le traitement devient nécessaire quand des symptômes
apparaissent ou que la quantité d'immunoglobuline peut représenter un danger.
Une transformation en lymphome à grandes cellules peut survenir.
Proliférations plasmocytaires (myélome, plasmocytome)
Ne concernent pas le cadre des lymphomes
Lymphome B de la zone marginale
De la rate, (Lymphome splénique de la zone marginale) Touche bien sûr la rate
mais aussi très souvent la moelle osseuse et les ganglions autour de la rate.
C'est volontiers l'augmentation de volume de la rate qui fait découvrir la
maladie, elle s'accompagne souvent d'une baisse des globules rouges ou des
plaquettes sanguines. C'est aussi une maladie d'évolution lente. Quand la rate
devient gênante ou quand le diagnostic est incertain, l'ablation de la rate
(splénectomie) est volontiers proposée. La transformation en lymphome à grandes
cellules est possible.
Extraganglionnaire de type MALT
Il s'agit de lymphomes développés aux dépends du tissu lymphoïde associé aux
muqueuses ou MALT (Mucosa associated lymphoid tissue). Ils représentent 8 % des
lymphomes et atteignent surtout le tube digestif (estomac en particulier), le
poumon ou les glandes (glandes lacrymales, thyroïde, sein). Le lymphome de MALT
de l'estomac est le plus typique et le mieux connu. On sait que le lymphome est
précédé d'une longue période d'inflammation chronique de l'estomac (gastrite)
souvent liée à une infection par un germe particulier : Helicobacter Pylori.
Lorsque le lymphome apparaît, il peut être responsable de symptômes banals :
brûlures d'estomac, douleurs du ventre. C'est la fibroscopie gastrique qui
permettra de voir le lymphome et de faire les biopsies. Quand la maladie reste
localisée à l'estomac le traitement de l'infection à Helicobacter Pylori permet
souvent la régression du lymphome. Dans d'autres cas, une chimiothérapie sera
nécessaire.
Ganglionnaire, parfois monocytoïde
C'est une forme rare (moins de 2 % des lymphomes) qui atteint essentiellement
les ganglions. L'évolution est habituellement lente.
Lymphomes folliculaires
C'est une des formes les plus fréquentes, entre 20 et 35 % des lymphomes selon
les régions. Atteint surtout les ganglions mais aussi la moelle osseuse, la
rate, le sang et plus rarement les autres organes. La maladie est volontiers
disséminée dès le diagnostic, avec des ganglions au niveau du ventre et du
thorax et souvent des cellules anormales dans la moelle osseuse, mais le
patient se plaint rarement de symptômes importants. Les cellules de lymphome
folliculaire sont caractérisées par la présence (dans 80 % des cas) d'une
anomalie chromosomique : la translocation 14 ;18
qui témoigne d'une anomalie d'un gène, BCL2, qui conduit à l'apparition de la
maladie. C'est un des lymphomes où le choix de l'attitude thérapeutique est le
plus complexe allant de la simple surveillance sans traitement à des
traitements intensifs avec greffe de cellules souches. Les
anticorps monoclonaux ont amélioré l'évolution de ces lymphomes.
L'évolution se caractérise habituellement par une bonne réponse aux traitements
mais aussi par des rechutes fréquentes. La transformation en lymphome à grandes
cellules est assez fréquente après quelques années.
Lymphomes à cellules du manteau
Touche les adultes d'âge moyen et représente 2 à 10 % des lymphomes. Atteint
volontiers les ganglions, la rate et la moelle osseuse mais aussi le tube
digestif. Certaines formes peuvent avoir une évolution agressive. Le traitement
comporte habituellement une chimiothérapie avec un anticorps monoclonal puis
une intensification thérapeutique avec autogreffe, chez les patients les plus
jeunes. Ces traitements intensifs semblent avoir amélioré notablement le
pronostic de cette maladie.
Lymphomes diffus à grandes cellules
C'est le type le plus fréquent de lymphome chez l'adulte: 30 à 40 %. Il peut
toucher tous les âges mais la moyenne se situe après 60 ans. La maladie peut
atteindre les ganglions, un organe ou les deux à la fois. L'atteinte d'un
organe extra-ganglionnaire est en effet très fréquente, isolée dans 40 % des
cas, elle peut concerner toutes les localisations : tube digestif, peau,
cerveau, os, organes génitaux, amygdales, . Elle se manifeste habituellement
par une tumeur qui grossit rapidement.
La classification reconnaît des variantes et des sous-types :
-
Variantes :
-
Centroblastique
-
Immunoblastique
-
Riche en cellules T
-
Type granulomatose lymphomatoïde
-
Anaplasique
-
Plasmoblastique
-
Sous-types :
-
Du médiastin
-
Primitif des séreuses
-
Intravasculaire
C'est dans cette catégorie de lymphomes que l'étude de l'expression des gènes a
permis en premier de distinguer des formes d'évolutions différentes.
Ils font partie des lymphomes agressifs et sont habituellement sensibles aux
chimiothérapies. Leur pronostic est codifié par l'Index Pronostique
International (IPI) qui sert également à adapter le traitement.
Lymphome de Burkitt / Leucémie à cellules de Burkitt
C'est un lymphome d'évolution très agressive. On distingue la forme dite «
endémique », qui est liée au virus Epstein-Barr (EBV), qui sévit en Afrique et
se manifeste chez le jeune enfant par une tumeur de la mâchoire et la forme «
sporadique » qui représente 1 à 2 % des lymphomes en Europe. Il peut toucher
alors l'enfant ou l'adulte se manifestant souvent par une masse abdominale
augmentant rapidement de volume. Les atteintes de la moelle osseuse et du
système nerveux ne sont pas rares. Le traitement doit être débuté rapidement.
Le début du traitement peut être marqué par des complications rénales
provoquées par la lyse rapide de la tumeur. Ce traitement consiste en une
chimiothérapie particulièrement intensive mais assez courte. Chez l'enfant, les
chances de guérison sont particulièrement élevées.
HEMOPATHIES LYMPHOIDES T
Hémopathies lymphoïdes à précurseurs T
Leucémie/lymphome lymphoblastique T
C'est une maladie qui touche habituellement les adolescents et jeunes adultes
de sexe mâle. Elle se manifeste par une importante masse entre les poumons
(médiastin). L'atteinte de la moelle osseuse et du sang est fréquente, on par
alors de leucémie aigue lymphoblastique T. Le traitement se rapproche de celui
des leucémies aigues.
Hémopathies lymphoïdes matures T
Les lymphomes T matures sont beaucoup plus rares que les lymphomes B. Certaines
formes se voient principalement dans certaines régions du monde et peuvent être
caractérisées par l'atteinte d'un organe particulier. Les lymphomes T ont
volontiers une évolution agressive et, hormis les lymphomes anaplasiques, leur
réponse aux traitements est souvent médiocre.
Leucémie/Lymphome prolymphocytaire T
Leucémie/Lymphome à cellules à grains
Leucémie/Lymphome à cellules NK
Leucémie/Lymphome T de l'adulte (HTLV1+)
Mycosis fongoïde / Syndrome de Sézary
Lymphome extranodal T/NK
Lymphome T avec entéropathie
Lymphome T gamma-delta
Lymphome T sous cutané de type panniculite
Lymphome anaplasique à grandes cellules
Lymphomes T périphériques
Lymphomes T angio-immunoblastiques
LYMPHOME HODGKINIEN ou MALADIE DE HODGKIN
La Maladie de Hodgkin, un lymphome particulier
La maladie de Hodgkin ou lymphome Hodgkinien est une affection maligne du
système lymphatique dont la cause exacte demeure inconnue. Il y a environ 1100
nouveaux cas de lymphomes Hodgkiniens en France chaque année. Contrairement aux
lymphomes non Hodgkiniens dont l'incidence continue d'augmenter, celle des
lymphomes Hodgkiniens diminue faiblement. La maladie reste plus fréquente chez
l'homme que chez la femme, survient plutôt chez l'adulte jeune, et occupe le
vingtième rang des cancers chez l'homme et chez la femme.
Les signes révélateurs sont habituellement la survenue d'une ou plusieurs
tuméfactions ganglionnaires, souvent localisées au cou, plus rarement des
troubles liés à la présence de tuméfactions ganglionnaires thoraciques ou la
survenue d'une fièvre inexpliquée, de sueurs abondantes, d'un amaigrissement.
Diagnostic
Une consultation précoce du médecin traitant est importante pour évoquer le
diagnostic et réaliser les examens appropriés (numération globulaire, vitesse
de sédimentation, radiographie thoracique) et conduire à l'ablation (biopsie)
d'un ganglion dont l'analyse histologique (examen au microscope) est
indispensable au diagnostic.
L'évaluation initiale de l'extension de la maladie et de son possible
retentissement général (anémie, syndrome inflammatoire biologique) est une
étape essentielle avant de débuter le traitement. Les examens de sang, un
scanner du thorax et de l'abdomen et un prélèvement de la moelle osseuse
(biopsie médullaire), peuvent être complétés dans certains cas par d'autres
examens. L'intervention chirurgicale consistant à enlever la rate et rechercher
des atteintes au niveau de l'abdomen n'est plus nécessaire habituellement. Il
est courant de classer la maladie en fonction du stade d'extension (de I à IV)
et de la présence de facteurs qui orientent le pronostic et le choix du
traitement.
On distingue ainsi :
-
Les stades localisés (I et II) le plus souvent au-dessus du diaphragme, plus
rarement au-dessous du diaphragme, accompagnés ou non de facteurs qui orientent
le pronostic.
-
Les stades disséminés (III et IV) avec atteinte ganglionnaire au-dessus et
au-dessous du diaphragme, et/ou atteinte d'un viscère comme le poumon,
accompagnés ou non de facteurs qui orientent le pronostic.
Traitement
Le traitement doit se faire sous la conduite d'un médecin spécialisé au sein ou
en liaison avec une équipe spécialisée dans le traitement des lymphomes. Il est
désormais courant de choisir et mener le traitement à partir d'un programme pré
établi, dans le cadre d'un essai thérapeutique, après information du patient et
avec son consentement.
Pour les stades I et II sus-diaphragmatiques, le traitement comporte une
chimiothérapie dont les modalités varient en fonction des facteurs de pronostic
avant traitement, suivie d'une radiothérapie délivrée au niveau des sites
d'atteinte ganglionnaire initiale. Pour les stades I et II
sous-diaphragmatiques le traitement comporte habituellement une chimiothérapie
suivie d'une radiothérapie. Les stades disséminés sont traités soit par la
seule chimiothérapie sur une durée plus prolongée que dans les stades
localisés, soit par une chimiothérapie suivie d'une radiothérapie localisée (en
particulier en cas d'atteinte initiale intra thoracique volumineuse). Dans
certaines formes, un traitement par chimiothérapie plus intensive suivie
d'autogreffe de cellules du sang est nécessaire.
Surveillance après traitement
Une surveillance régulière, prolongée est recommandée. Elle s'effectue en
liaison avec le médecin généraliste et l'équipe spécialisée. Elle a pour but de
déceler précocement une éventuelle rechute, de s'assurer de la guérison et de
l'absence de complications. L'évaluation de la qualité de la vie des patients
après traitement s'intègre désormais dans la prise en charge après traitement.
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